
Introduction à la réflexion et aux propositions alternatives (2/3)
Notre association s’est proposé sur notre site Internet (www.aitaranui.org) et dans la presse de faire connaître ses réflexions et propositions dans le domaine crucial à Tahiti du déplacement des personnes et des biens. Nous disions : « … en ce qui concerne le transport, il est essentiel d’étudier la question dans son ensemble. N’imaginer qu’un remède miracle – l’autoroute - en ignorant les vrais symptômes serait catastrophique aux plans financier et humain. Il convient à notre sens d’analyser au moins trois grands axes et d’élaborer des réponses adaptées et hiérarchisées : le réseau routier, le transport des personnes et le transport des marchandises. Nous souhaitons vivement que d’autres s’y intéressent, contradictoirement ou non… ».
Trop c’est trop
Au regard du nombre des véhicules (près de 80 000, soit une voiture pour trois personnes) et de la fréquence des déplacements (en moyenne, trois trajets par jour et par véhicule), chacun constate que le réseau routier ne répond plus correctement aux besoins (ou plutôt à l’utilisation qu’on en fait). Les embouteillages et les accidents de la route en sont les symptômes quotidiens. Une certaine anarchie s’est progressivement installée au point de créer un véritable handicap collectif.
Pourtant, le secteur automobile augmente ses ventes chaque année d’environ 15% (dont plus de la moitié sont des 4x4). Ce qui n’est pas un signe d’amélioration du niveau de vie des tahitiens puisque le crédit - souvent très long - finance presque toujours l’achat, provoque le surendettement et se fait souvent au détriment d’un mieux-être familial. D’autre part, le nombre des poids lourds a tendance à augmenter sensiblement en fonction de l’activité économique.
Compte tenu des modes de consommation d'énergie les plus répandus (essence et diesel), les modes actuels de transport ne sont pas viables à terme. Ils aggravent les problèmes écologiques et de santé des habitants. Le secteur des transports et la mobilité en général ont donc un rôle essentiel et bénéfique à jouer dans le développement économique et social puisque les besoins en cette matière sont de toute évidence en augmentation. Dans de nombreux pays, les politiques de transport prévoient d'autres moyens pour répondre aux besoins commerciaux et privés. Il s’agit surtout pour l’avenir d’intégrer la planification de l'occupation des sols et celle des transports urbains, périurbains et ruraux, en gardant à l'esprit la nécessité de protéger les écosystèmes et les zones fortement habitées. C’est pourquoi la voiture individuelle et la multiplication anarchique des voies de circulation devront progressivement céder la place aux transports collectifs et aux énergies non-polluantes.
Dans l’immédiat et face aux difficultés grandissantes, il convient de consolider les infrastructures et mettre au point des systèmes nouveaux de transports en commun, d’adopter et de promouvoir des mesures propres à atténuer les effets néfastes sur la vie quotidienne et l'environnement, visant notamment à rationaliser le secteur des transports dans le contexte du développement durable.
En attendant, le simple rapport « nombre de véhicules / kilomètres de bitume » n’explique pas tout. Pourquoi se déplace-t-on ? Qui ou que transportons-nous ? Par quels moyens ? Sur quels trajets ? A quels horaires ?
Parons au plus pressé
Bien que le transport terrestre ne soit pas l’unique réponse possible à l’ensemble des déplacements (en termes d’écologie et surtout sur une île montagneuse…- nous y reviendrons…), l’entretien du réseau routier et la déserte de nouvelles zones restent indispensables. Ces dernières années, la réfection des routes s’est faite au compte-goutte. Depuis quelques semaines, plusieurs travaux entamés ou annoncés sont de bonne augure :
- la transformation de l’entrée Ouest de Papeete
- la réfection au niveau de Outumaoro et de la route de ceinture Ouest entre les PK 15 et 18
- la route de montagne à la côte 350. Mais nous ne savons toujours pas quel sera son tracé final et jusqu’où elle se prolongera
- la rénovation du revêtement de la RDO
… Et il restera encore beaucoup à faire …
Cependant, certaines améliorations urgentes seraient d’ores et déjà très utiles :
- poursuivre la rénovation de la route de ceinture Ouest au delà du PK 18
- tracer des lignes continues quand la visibilité fait défaut, ce qui n’est pas toujours le cas
- créer et matérialiser des « tourne-à-gauche » chaque fois que possible (comme vers « Te Maru Ata ») pour desservir les servitudes importantes et les écoles, afin de ne pas ralentir le trafic
- améliorer l’éclairage de la route de ceinture et l’entretenir
- élargir les entrées à trottoir devant certaines propriétés pour y accéder facilement sans se déporter sur la gauche
- aménager chaque fois que possible sur les bas-côtés bitumés une vraie piste cyclable clairement indiquée
- créer et matérialiser toutes les aires d’arrêt des transports en commun
- mettre en place des passages piétons protégés (ou des passerelles) dans les zones fortement peuplées
- installer des ralentisseurs à l’approche des zones sensibles
Ce type d’aménagement relativement simple contribuerait à plus de sécurité et à une circulation plus fluide, particulièrement aux heures de pointe.
Organisons-nous mieux
Quelle que soit la qualité du réseau, la question des horaires - tous ensemble sur la même route - se pose bien sûr avec acuité. Plutôt que de vouloir constamment élargir les voies ou doubler les routes actuelles (« Te Ara Nui » - ou sa sœur - n’était pas une solution mais une « fuite en avant » au détriment des familles et de l’environnement), une meilleure organisation pourrait aussi nettement améliorer les choses :
- la circulation des camions et des poids lourds pourrait être interdite dans les deux sens aux heures critiques de 6 à 8 et de 16 à 18 heures
- le transport et l’aménagement des rythmes scolaires semblent être enfin à l’ordre du jour. Le transport scolaire fiable et sécurisé des enfants et des adolescents, à des heures raisonnables, améliorerait beaucoup la situation
- les horaires scolaires et les horaires de travail des administrations (et pourquoi pas d’entreprises privées…) mériteraient d’être étalés en liaison avec les rythmes de vie des familles
- la question des transports en commun reste encore largement à résoudre. Ce chantier (monorail ou tramway en zone urbaine, réorganisation des services existants entre communes, régularisation des arrêts et des horaires, tarifs, etc.) revêt une importance particulière
En bref…
Il s’agit donc d’étaler les déplacements scolaires et professionnels, de mettre en place un véritable service public de déplacement collectif, ce qui demande une volonté politique forte, les moyens budgétaires correspondants et la mise en place de dispositions réglementaires appropriées.
Nous étudierons prochainement plus en détail cette question du déplacement des personnes et des marchandises. Il semble à ce sujet que bien des aspects n’aient pas jusqu’ici été pris en compte. Même si les difficultés de circulation sont la conséquence de plusieurs facteurs (qui tiennent aussi des habitudes individuelles et des résistances au changement), un effort d’harmonisation sociale et quelques régulations économiques paraissent aujourd’hui indispensables…

1. Le mardi 22 novembre 2005 à 05h05, par fara vaihau
2. Le samedi 17 février 2007 à 08h18, par aba4x4
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