
Introduction à la réflexion et aux propositions alternatives (3/3)
Dans le monde moderne en constant développement, le déplacement des personnes et la circulation des biens exigent de nouvelles politiques de transport. L’entretien et la réfection des infrastructures routières existantes ne suffisent plus à répondre aux besoins, particulièrement dans des espaces très urbanisés en expansion. A cet égard, Tahiti en est un contre-exemple navrant.
Autour de Papeete, 60 kilomètres de routes d’est en ouest supportent les mouvements de 140 000 personnes et de plusieurs milliers de tonnes de marchandises de toutes sortes. Les transports en commun y sont très mal organisés en terme d’horaires et de fréquence. Rien d’étonnant à ce que d’énormes bouchons se forment sur la côte Ouest aux heures de pointe, quand rien – ou presque – n’est fait pour réguler le trafic et proposer aux usagers de vraies réponses alternatives à la voiture individuelle.
Désormais, le souci écologique et la réduction de « l’effet de serre » sont une urgence planétaire. Surtout dans un petit pays insulaire comme le nôtre …
Une dangereuse fuite en avant
Le projet insensé « Te Ara Nui », cette autoroute qui voulait relier la RDO à Taravao, n’aurait rien réglé. Détruire des centaines de maisons et exproprier des milliers d’habitants, polluer et défigurer tout le littoral ouest n’aurait fait que satisfaire provisoirement certaines entreprises du bâtiment et surtout n‘aurait qu’aggravé l’embouteillage vers Papeete en augmentant l’afflux des véhicules aux mêmes heures. « Soigner le mal par le mal » n’a jamais guéri personne.
Bien entendu, le développement de la Presqu’île grâce à son port et sa zone industrielle est plus que souhaitable. Mais justement, ce nouveau pôle fixera progressivement une population nombreuse qui n’aura plus à se déplacer chaque matin vers Papeete et chaque soir vers le sud. Les arguments « emplois relancés par le BTP » et « irrigation urgente du nouveau pôle-sud de l’île » sont une fuite en avant dangereuse puisqu’ils détérioreraient nos conditions de vie et compromettraient le développement durable. Cette question est cruciale pour notre pays où l’insularité, l’étroitesse des zones côtières et leur densité humaine sont de très fortes contraintes.
Plutôt que d’offrir toujours plus de bitume à toujours plus de véhicules, toutes les organisations urbaines modernes mettent en place des modes de déplacement « intelligents » qui respectent l’environnement et améliorent la vie quotidienne des habitants. A moyen comme à plus long terme, ces dispositions tendent à reconfigurer le tissu urbain dans le sens d’une meilleure convivialité sociale et d’une économie plus performante.
Céder progressivement la place aux transports collectifs modernes et fiables, aux énergies non polluantes est aujourd’hui une nécessité absolue. Notre pays en a les moyens financiers et techniques. Il lui faut aussi une volonté politique forte inscrite dans d’utiles concertations avec les acteurs concernés, économiques et sociaux. Sans cela, la situation ne pourra que dériver vers la congestion et l’embolie…
Des aménagements indispensables
En l’état actuel, il convient d’abord de poursuivre la réfection et l’adaptation du réseau routier. Les travaux réalisés ou entrepris vont dans le bon sens mais restent bien timides. Entretenir régulièrement le revêtement des routes, améliorer la signalétique et intensifier les contrôles routiers sont indispensables mais ne suffisent pas. Certains réaménagements s’imposent à des endroits stratégiques, ce qui n’est réalisé qu’à un rythme très insuffisant.
Il faudrait dors et déjà, rappelons-le :
- poursuivre la rénovation de la route de ceinture ouest
- tracer des lignes continues quand la visibilité fait défaut, ce qui n’est pas toujours le cas
- créer et matérialiser des « tourne-à-gauche » chaque fois que possible (comme vers « Te Maru Ata ») pour desservir les servitudes importantes et les écoles, afin de ne pas ralentir le trafic
- améliorer l’éclairage de la route de ceinture, mais aussi l’entretenir
- élargir les entrées à trottoir devant certaines propriétés pour y accéder facilement sans se déporter sur la gauche
- aménager chaque fois que possible sur les bas-côtés bitumés une piste cyclable clairement indiquée
- créer et matérialiser toutes les aires d’arrêt des transports en commun
- mettre en place des passages piétons protégés (ou des passerelles) dans les zones fortement peuplées
- installer des ralentisseurs à l’approche des zones sensibles
Ce type d’aménagements relativement simples contribuerait à plus de sécurité et à une circulation plus fluide, particulièrement aux heures de pointe.
Une organisation plus clairvoyante
Quelle que soit la qualité du réseau routier, la question des horaires (tous ensemble sur la même route) se pose bien sûr avec acuité. Plutôt que de vouloir constamment élargir les voies ou doubler les routes actuelles, une meilleure organisation pourrait aussi nettement améliorer les choses.
Rappelons-les une nouvelle fois :
- la circulation des camions et des poids-lourds pourrait être interdite dans les deux sens aux heures critiques de 6 à 8 et de 16 à 18 heures
- le transport scolaire fiable et sécurisé des enfants et des adolescents, en aménageant les horaires et les rythmes scolaires à des heures raisonnables, améliorerait beaucoup la situation
- les horaires de travail des administrations (et pourquoi pas d’entreprises privées responsables …) mériteraient d’être étalés en liaison avec les rythmes de vie des familles
- la question des transports en commun reste encore largement à résoudre. Ce chantier (monorail ou tramway en zone urbaine, réorganisation des services existants entre communes, régulation des arrêts et des horaires, tarifs, etc.) revêt une importance toute particulière
La transformation de l’entrée Ouest de Papeete n’est toujours pas réalisée. Il serait judicieux de pouvoir contourner aisément la ville en allant vers Pirae. Ainsi, le bouchon de la capitale serait moins étanche dans les deux sens.
Pourquoi ne pas utiliser la voie maritime, particulièrement pour le transport des marchandises et des hydrocarbures ? Cela contribuerait à beaucoup alléger le trafic sur la route de ceinture, à mieux respecter l’environnement et la santé des riverains.
Enfin…
Les difficultés de circulation automobile sont aussi la conséquence de plusieurs facteurs qui tiennent des habitudes individuelles et des résistances au changement. Il s’agit donc de moderniser le réseau routier actuel, de rationaliser les déplacements scolaires et professionnels, de mettre en place un véritable service public de transport collectif, d’imaginer de nouvelles façons de répondre au progrès économique et social.
Il faut pour cela une volonté politique claire, les moyens budgétaires correspondants et l’adoption de dispositions réglementaires appropriées. C’est pourquoi un effort d’harmonisation sociale et quelques régulations économiques sont maintenant indispensables…
… Et enfin, enfin, cela suppose d’abandonner définitivement l’idée d’une autoroute impossible, dévastatrice et complètement démodée.
Voir aussi : Les routes du bon sens (1/3) et Les routes du bon sens (2/3)

Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.