Association AITARANUI
Les voies du développement durable

Contribution à la journée polynésienne de la mobilité le 17 septembre 2008

Depuis 2003, notre association s’est farouchement opposée à la construction de l’autoroute « Te Ara Nui » sur la côte ouest de Tahiti. Electeurs et élus avaient enfin clairement perçu l’enjeu jusqu’à l’abandon officiel du projet. Détruire des centaines de maisons et exproprier des milliers d’habitants, polluer et défigurer tout le littoral ouest n’aurait fait que satisfaire provisoirement certaines entreprises du bâtiment et surtout n‘aurait qu’aggravé l’embouteillage en augmentant l’afflux des véhicules aux mêmes heures. « Soigner le mal par le mal » n’a jamais guéri personne.

Depuis, la réflexion fait son chemin. Il s’agit de poursuivre le développement de notre pays, avec ambition et détermination, mais aussi avec responsabilité et prudence de façon à garantir l’avenir. Le concept de « développement durable » n’appartient plus aujourd’hui à telle ou telle tendance. Il s’impose partout où la démocratie n’est pas un vain mot, où la croissance tient compte de l’environnement, de la qualité de la vie et des perspectives d’avenir.

Une préoccupation essentielle

En ce qui concerne la mobilité et le transport, il est essentiel d’étudier la question dans son ensemble. Augmenter indéfiniment le réseau routier et donc multiplier le nombre de véhicules polluants n’est plus la solution et aggraverait l’asphyxie. C’est pourquoi nous avions fait connaître sur notre site Internet et dans la presse nos réflexions et nos propositions dans ce domaine crucial du déplacement des personnes et des biens.

Au regard du nombre des véhicules (près de 80 000, soit une voiture pour trois personnes) et de la fréquence des déplacements (en moyenne, trois trajets par jour et par véhicule), chacun constate que le réseau routier ne répond plus correctement aux besoins (ou plutôt à l’utilisation qu’on en fait). Les embouteillages et les accidents de la route en sont les symptômes quotidiens. Une certaine anarchie s’est progressivement installée au point de créer un véritable handicap collectif.

Pourtant, le secteur automobile augmente ses ventes chaque année d’environ 15% (dont plus de la moitié sont des 4x4). Ce qui n’est pas un signe d’amélioration du niveau de vie des tahitiens puisque le crédit - souvent très long - finance presque toujours l’achat, provoque le surendettement et se fait souvent au détriment d’un mieux-être familial. D’autre part, le nombre des poids lourds a tendance à augmenter sensiblement en fonction de l’activité économique. Compte tenu des modes de consommation d'énergie les plus répandus (essence et diesel), les moyens de transport actuels ne sont pas viables à terme. Ils aggravent les problèmes écologiques et menacent la santé des habitants. Le secteur de la mobilité en général a donc un rôle essentiel et bénéfique à jouer dans le développement économique et social puisque les besoins en cette matière sont en augmentation.

Dans de nombreux pays, les politiques de transport prévoient d'autres moyens pour répondre aux besoins commerciaux et privés. Il s’agit surtout pour l’avenir d’intégrer la planification de l'occupation des sols et celle des transports urbains, périurbains et ruraux, en gardant à l'esprit la nécessité de protéger les écosystèmes et les zones fortement habitées. C’est pourquoi la voiture individuelle et la multiplication anarchique des voies de circulation devront progressivement céder la place aux transports collectifs et aux énergies non polluantes.

Des décisions indispensables

Dans l’immédiat et face aux difficultés grandissantes, il convient de consolider les infrastructures et mettre au point des systèmes nouveaux de transports en commun, d’adopter et de promouvoir des mesures propres à atténuer les effets néfastes sur la vie quotidienne et l'environnement, visant notamment à rationaliser le secteur des transports.

Pourquoi se déplace-t-on? Que transportons-nous? Par quels moyens? Sur quels trajets? A quels horaires? Dans notre monde en constant développement, le déplacement des personnes et la circulation des biens exigent de nouvelles politiques de transport. L’entretien et la réfection des infrastructures routières existantes ne suffisent plus à répondre aux besoins. A cet égard, Tahiti est un contre-exemple navrant.

Autour de Papeete, 60 kilomètres de routes d’est en ouest supportent chaque jour les mouvements de 140 000 personnes et de plusieurs milliers de tonnes de marchandises de toutes sortes. Les transports en commun y sont très mal organisés en terme d’horaires et de fréquence. Rien d’étonnant à ce que d’énormes bouchons se forment sur la côte ouest aux heures de pointe, quand rien – ou presque – n’est fait pour réguler le trafic et proposer aux usagers de vraies réponses alternatives à la voiture individuelle. Céder progressivement la place aux transports collectifs modernes et fiables, aux énergies non polluantes est aujourd’hui une nécessité absolue.

Notre pays en a les moyens financiers et techniques. Il lui faut aussi une volonté forte inscrite dans d’utiles concertations avec les acteurs concernés, économiques et sociaux. Sans cela, la situation ne pourra que dériver vers la congestion et l’embolie…

Des aménagements urgents

En l’état actuel, il convient d’abord de poursuivre la réfection et l’adaptation du réseau routier. Les travaux réalisés ou entrepris vont dans le bon sens mais restent bien timides. Entretenir régulièrement le revêtement des routes, améliorer la signalétique et intensifier les contrôles routiers sont indispensables mais ne suffisent pas. Certains réaménagements s’imposent à des endroits stratégiques, ce qui n’est réalisé qu’à un rythme très insuffisant.

Il faudrait d’ores et déjà, rappelons-le :
- poursuivre la rénovation de la route de ceinture ouest
- tracer des lignes continues quand la visibilité fait défaut, ce qui n’est pas toujours le cas
- créer et matérialiser des « tourne-à-gauche » chaque fois que possible (comme vers « Te Maru Ata ») pour desservir les servitudes importantes et les écoles, afin de ne pas ralentir le trafic
- améliorer l’éclairage de la route de ceinture, mais aussi l’entretenir
- élargir les entrées à trottoir devant certaines propriétés pour y accéder facilement sans se déporter sur la gauche
- aménager chaque fois que possible sur les bas-côtés bitumés une piste cyclable clairement indiquée
- créer et matérialiser toutes les aires d’arrêt des transports en commun
- mettre en place des passages piétons protégés (ou des passerelles) dans les zones fortement peuplées
- installer des ralentisseurs à l’approche des zones sensibles

Ce type d’aménagements relativement simple contribuerait à plus de sécurité et à une circulation plus fluide, particulièrement aux heures de pointe.

Une organisation plus clairvoyante



Quelle que soit la qualité du réseau routier, la question des horaires (tous ensemble sur la même route) se pose bien sûr avec acuité. Plutôt que de vouloir constamment élargir les voies ou doubler les routes actuelles, une meilleure organisation pourrait aussi nettement améliorer les choses.

Citons-les une nouvelle fois :
- la circulation des camions et des poids lourds pourrait être interdite dans les deux sens aux heures critiques de 6 à 8 et de 16 à 18 heures
- le transport scolaire fiable et sécurisé des enfants et des adolescents, en aménageant les horaires et les rythmes scolaires à des heures raisonnables, améliorerait beaucoup la situation
- les horaires de travail des administrations (et pourquoi pas d’entreprises privées responsables …) mériteraient d’être étalés en liaison avec les rythmes de vie des familles
- la question des transports en commun reste encore largement à résoudre. Ce chantier (équipements en véhicules adaptés, réorganisation des services existants entre communes, régulation des arrêts et des horaires, tarifs, etc.) revêt une importance toute particulière
- Un projet de monorail ou de tramway en zone urbaine gagnerait à être étudié sérieusement

La transformation de l’entrée Ouest de Papeete n’est toujours pas réalisée. Il serait judicieux de pouvoir contourner aisément la ville en allant vers Pirae. Ainsi, le bouchon de la capitale serait moins étanche dans les deux sens. Pourquoi ne pas utiliser la voie maritime, particulièrement pour le transport de certaines marchandises, des containers, des hydrocarbures, des ordures ménagères ? Cela contribuerait beaucoup à alléger le trafic sur la route de ceinture, à mieux respecter l’environnement, la santé et la sécurité des riverains.

Enfin…

Les difficultés de circulation automobile sont aussi la conséquence de plusieurs facteurs qui tiennent des habitudes individuelles et des résistances au changement. Il s’agit donc de moderniser le réseau routier actuel, de rationaliser les déplacements scolaires et professionnels, de mettre en place un véritable service public de transport collectif, d’imaginer de nouvelles façons de répondre au progrès économique et social.

Il faut pour cela une volonté politique claire, les moyens budgétaires correspondants et l’adoption de dispositions réglementaires appropriées. C’est pourquoi un effort d’harmonisation sociale et quelques régulations économiques sont maintenant indispensables…

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