Dans "La Dépêche" du 22 janvier 2009

L’incroyable histoire des ex-propriétaires
TE ARA NUI - Imbroglio juridique, cinq ans après l’abandon du projet de voie rapide

Souvenez-vous des années 2003 à 2004. Quand le président de la Polynésie française Gaston Flosse - aidé de son ministre des Affaires foncières Gaston Tong Sang, du directeur de l’EGT Jacques Derue et de celui des Affaires foncières Gilbert Guido - fonçait tête baissée pour faire avancer au plus vite le projet de voie rapide sur la côte ouest. Dénommée “Te ara nui”, la route était prévue entre le PK 14 (Punaauia) et le PK 25 (Papara). À terme, pas moins de cinq cents maisons devaient être détruites. Ce chantier titanesque devait être livré l’année dernière.

''En trois points

Le 1er taui du 23 mai 2004 sonne le glas du projet de voie rapide sur la côte ouest dénommé “Te ara nui”.
Mais entre-temps, des propriétaires qui ont vendu leur maison sont restés chez eux… comme locataires du Pays.
Aujourd’hui, certains ne payent pas ce loyer, et d’autres sont dans un imbroglio pour racheter leur ex-maison.''

Les urnes stoppent le projet

Seulement voilà, quatre ans plus tôt, le 23 mai 2004, le premier taui, avec l’élection surprise d’Oscar Temaru, stoppe net Gaston Flosse dans son élan. Il faut se rappeler que la quatrième promesse de la liste d’opposition UPLD (Union pour la démocratie) assurait de “retirer le projet de la voie rapide Te ara nui des programmes d’investissement territoriaux”. Et Oscar l’a fait. Ainsi, au gré des alternances politiques, le projet de voie rapide Te ara nui est passé aux oubliettes. Tout devait bien se terminer pour les riverains en colère par ce projet. La plupart s’étaient judicieusement réunis dans la virulente association “Aitaranui” présidée encore aujourd’hui par Corinne Ollier, une habitante concernée par ce projet à Punaauia.

Le grand perdant restait Gaston Flosse auquel il manquait près de 400 voix pour garder la majorité et donc rester président… Cinq ans après ce coup de chaud électoral, le projet de voie rapide n’existe toujours pas aux yeux de l’administration puisque aucune “utilité publique” n’a été déclarée sur ce projet. C’est dire si l’administration de l’époque avait mis la charrue avant les boeufs. L’idée du gouvernement était d’indemniser à l’amiable et donc au mieux les vendeurs volontaires pour enclencher le mouvement... Les permis de construire continuent d’être délivrés sur le tracé, comme si de rien n’était, selon des responsables de mairies, comme à Paea.

“Nous ne regardons que le PGA”, assure un technicien avant d’ajouter “pour nous, le projet de cette voie rapide est tombé à l’eau”. L’établissement des grands travaux (EGT) confirme l’abandon du projet.

Les vendeurs pris au piège

Reste que cette route imaginaire a fait des victimes. Avant l’abandon du projet, des propriétaires avaient vendu leur habitation au territoire “sous la pression du gouvernement de l’époque qui proposait des achats plus intéressants qu’avec un jugement d’expropriation” témoignent des riverains. La direction des Affaires foncières (DAF) confirme que des vendeurs ont mieux vendu à l’amiable que s’ils avaient attendu l’expropriation et l’évaluation technique d’un juge. Aucun ne conteste le montant de la vente. Mais l’un d’entre eux, pris de remords, et sous anonymat par crainte de représailles administratives, explique qu’il a gardé l’argent de la vente versé par le Pays (juste avant le 1er taui en 2004) pour racheter sa maison à laquelle il tient.

Pire, le territoire lui demande depuis juillet 2007 un loyer de 110 000 Fcfp pour qu’il puisse continuer à occuper sa maison qu’il a vendue au Pays en 2004. En effet, l’administration doit rentabiliser ses biens selon la DAF. Mais l’homme refuse de payer ce loyer. Il veut récupérer son bien maintenant que le projet est passé aux oubliettes. Mais le plus incroyable est d’apprendre que le Pays ne peut pas lui revendre son bien. Pour l’heure, la DAF comptabilise trois demandes de rachat sur une trentaine de maisons encore habitées par leurs anciens propriétaires… La solution est politique.

“Il faudrait faire voter à l’Assemblée une loi du Pays qui modifie l’article 39 de la délibération 95-90 du 27 juin 1995 pour permettre au Pays de vendre les biens achetés à l’amiable aux vendeurs pour Te ara nui” rapporte la DAF. L’idée a été étudiée lors du 1er taui. Une idée restée sans suite encore aujourd’hui. Au final, la décision revient aux hommes politiques au pouvoir, et pas à l’administration qui ne fait qu’appliquer les décisions selon une réglementation. Comme quoi, mieux vaut écouter les vieux dictons populaires : haere maru haere papu…


François Verprat

Contacts

- Direction des Affaires foncières Standard : 471818
- Association “aitaranui” : Courriel : aitaranui@yahoo.fr
Portable de Corinne Ollier : 725 185
Site web : www.aitaranui.org