
Sur le site internet de "La Dépêche" du 24 février 2009
Que faire pour éviter les embouteillages côte Ouest ?
CIRCULATION – Le projet Te ara nui relance le débat Il a suffi d’une petite phrase, une seule petite phrase prononcée par le ministre de l’Équipement Jonas Tahuaitu, la semaine dernière lors de sa nomination au gouvernement Temaru, pour déclencher à nouveau les passions autour de la route Te ara nui. Interrogé sur ses priorités, il a en effet répondu spontanément : “Il y a cette route Te ara nui que je voudrais faire parmi d’autres chantiers. C’est important pour la circulation, pour ceux qui habitent la côte Ouest.”
En trois points
. Les problèmes de circulation sur la côte Ouest reviennent sur le devant de la scène avec l’évocation récente - toute personnelle - de la route Te ara nui par le ministre de l’Équipement, Jonas Tahuaitu.
. Ce projet de voie rapide décrié lors de sa sortie, notamment par l’UPLD qui lui préférait un autre projet “côte 350”, déchaîne toujours les passions, entre partisans d’une solution aux embouteillages, et détracteurs qui estiment que les réponses sont ailleurs.
. Vos réactions et celles de Corinne Ollier, porte-parole de Aitaranui, résument les arguments pour et contre de ces projets…
Une idée lancée en l’air – façon Jonas – sans surprise d’ailleurs pour celui qui avait défendu ce projet dans les années 2001-2004 sous le gouvernement Flosse. Mais à vrai dire sans véritable concertation avec le reste du nouveau gouvernement Temaru.
Ainsi, le ministre des Grands travaux James Salmon, à qui reviendrait normalement de telles initiatives, n’a pas évoqué ce projet de route Te ara nui. Et le président du Pays Oscar Temaru, a plutôt, dans son discours de candidature à l’investiture le 11 février, ressorti un autre vieux projet, celui d’une route à la côte 350 à Punaauia. Un choix plus logique, quand on se souvient que l’UPLD avait fait sa campagne électorale en mai 2004 sur le rejet de ce projet Te ara nui soutenu par les adversaires orange de l’époque. Et les différents gouvernements UPLD de 2005 et 2006 n’ont jamais relancé le dossier Te ara nui, lui préférant nettement le tracé imaginé juste au-dessus de la plaine de Punaauia et de Paea.
La déclaration de Jonas Tahuaitu est donc à mettre sur le compte d’une initiative strictement personnelle, voire d’une “lubie” pour ceux que ce projet hérisse. Néanmoins, cette petite phrase a relancé le débat sur les problèmes de circulation de la côte Ouest, bien réels. Les réactions ont très nombreuses sur ladepeche.pf, tout comme les propositions pour régler ce problème de circulation. Petit tour d’horizon de ce débat ô combien important, puisqu’il concerne la vie quotidienne de tous ceux qui, à Tahiti, pestent contre les embouteillages, chaque matin et chaque soir sur la côte Ouest…
Yves Fortunet
Les propositions de Aitaranui
La dynamique et emblématique présidente de l’association Aitaranui, Corinne Ollier, n’a pas manqué de réagir très rapidement, dès qu’il a été question à nouveau du projet Te ara nui (TAN). Elle a ainsi rédigé un communiqué regrettant le retour des “cauchemars” et des “lubies”, mais a aussi répondu directement aux internautes de ladepeche.pf (Aitaranui-fait-la-chasse-aux-cauchemars)
Comment désengorger la route de ceinture L’association a aussi fait à plusieurs reprises des propositions face aux problèmes de circulation sur la côte Ouest :
- poursuivre la rénovation de la route de ceinture Ouest ;
- tracer des lignes continues quand la visibilité fait défaut, ce qui n’est pas toujours le cas ;
- créer et matérialiser des “tourne-à-gauche” chaque fois que possible (comme vers Te Maru Ata) pour desservir les servitudes importantes et les écoles, afin de ne pas ralentir le trafic ;
- améliorer l’éclairage de la route de ceinture, mais aussi l’entretenir ;
- élargir les entrées à trottoir devant certaines propriétés pour y accéder facilement sans se déporter sur la gauche ;
- aménager chaque fois que possible sur les bas-côtés bitumés une piste cyclable clairement indiquée ;
- créer et matérialiser toutes les aires d’arrêt des transports en commun ;
- mettre en place des passages piétons protégés (ou des passerelles) dans les zones fortement peuplées ; - installer des ralentisseurs à l’approche des zones sensibles ;
- la circulation des camions et des poids lourds pourrait être interdite dans les deux sens aux heures critiques de 6 à 8 et de 16 à 18 heures ;
- le transport scolaire fiable et sécurisé des enfants et des adolescents, en aménageant les horaires et les rythmes scolaires à des heures raisonnables, améliorerait beaucoup la situation ;
- les horaires de travail des administrations (et pourquoi pas d’entreprises privées responsables…) mériteraient d’être étalés en liaison avec les rythmes de vie des familles ;
- la transformation de l’entrée Ouest de Papeete n’est toujours pas réalisée. Il serait judicieux de pouvoir contourner aisément la ville en allant vers Pirae ;
- pourquoi ne pas utiliser la voie maritime, particulièrement pour le transport des déchets, des marchandises et des hydrocarbures ? Cela contribuerait à beaucoup alléger le trafic sur la route de ceinture.
Les autres projets de voie rapide
Face au coût politique et humain du projet Te ara nui (500 maisons, 2500 personnes à expulser selon l’association Aitaranui), l’UPLD avait tenu ses promesses électorales lors de son arrivée au pouvoir en 2004, et abandonné définitivement ce tracé dans les plaines de Punaauia et Paea. Mais en même temps, l’utilité d’une telle route n’était pas contestée, pour éviter la saturation complète de la route de ceinture sur la côte Ouest, mais aussi pour rendre viable l’idée d’un second pôle économique et urbain à Taravao, autour de la zone économique de Faratea. Rapidement donc, le camp bleu avait ressorti l’idée d’une route rapide Papeete-Taravao certes, mais au-dessus de la plaine. Un projet baptisé “route des collines”, à la côte 350, plus modeste que le premier tracé imaginé et présenté en 1990 lors de la venue du président François Mitterand. Voici en tout cas ce projet de route des collines, tel que présenté par Oscar Temaru en 2004 à l’Assemblée :
“À Tahiti, le gouvernement améliorera la route de ceinture et démarrera les études de faisabilité relatives au monorail et à la route dite de la “côte 350” située entre Papeete et Punaauia. Le projet “côte 350” ne reprend pas la totalité du projet de 1990, compte tenu de l’amenuisement des surfaces à urbaniser aux alentours de Papeete. Il comprendra deux phases : un tracé du PK 7 au PK 14,5, de Tipaerui au lotissement Taapuna. La seconde phase concernera un tracé entre Taapuna et Punaruu. La première phase est évaluée à 5,5 milliards pour 7,5 km de chaussée à 3 voies. Outre Pamatai, des connexions pourront être envisagées avec le lotissement Oremu, la vallée de Nuutania, la route de Saint-Hilaire, le lotissement Teroma, éventuellement Taina et enfin, Taapuna. Ce projet de la côte 350 permet d’envisager l’urbanisation de plus de 800 hectares dont 600 en dessous de la côte 500, limite des zones constructibles dans le projet de PGA de Faa’a. Les surfaces réputées urbanisables en dessous de la côte 500 sont de 385 hectares, la surface nette commercialisable, hors voiries, serait de l’ordre de 270 hectares, soit environ 3 500 lots, toutes cibles confondues (social, intermédiaire, moyen standing et résidentiel) y compris les équipements publics et socio-éducatifs. Un tel projet permet d’envisager 1500 lots pour le logement social (75 ha), 1500 lots pour le logement intermédiaire (110 ha) et 500 lots à caractère résidentiel (50 ha) et ce, pour un investissement global, hors foncier, de 20 milliards. Trente parcelles sont traversées par le projet dont une de la Sagep et une autre de la commune de Faa’a.”
Un viaduc et un tunnel
En 2005 toutefois, le projet d’une route rapide vers Taravao est toujours d’actualité, mais revu à la baisse : il n’est plus question de le faire partir de Papeete comme l’avait envisagé Oscar Temaru un an plus tôt, mais de Punaauia simplement, et en restant cette fois à la cote 35, autrement dit à 35 mètres d’altitude seulement. Le ministère de l’Équipement et l’EGT ont ainsi planché sur un premier tronçon de voie rapide entre le PK 14 (un peu avant le pont de la Punaruu), et le PK 18 (à hauteur du Carlton plage). Ce tracé à flanc de montagne avait l’intérêt de préserver beaucoup plus d’habitations, et d’éviter la multiplication des ouvrages coûteux. Mais cette route à la cote 35 aurait néanmoins nécessité la construction d’un viaduc au-dessus de la Punaruu, et d’un tunnel pour percer la montagne au PK 15, en face du centre commercial Tamanu. L’inconvénient de cette solution hybride entre le tracé des plaines et celui des collines, était toutefois de faire passer une voie rapide à quelques dizaines de mètres au-dessus de nombreuses habitations. Certes préservées, mais peut-être “polluées” par les nuisances.

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