
Dans le site de "La Dépêche" du 14 octobre 2009
RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE - État des lieux en Polynésie
Un degré supplémentaire de température et 7,5 cm d’élévation du niveau marin ont été observés depuis 25-30 ans en Polynésie. 794 000 tonnes de CO2 ont été émises en 2008, soit environ 3 tonnes par an et par habitant en Polynésie. Un état des lieux a été présenté hier à la présidence. Les spécialistes appellent plus que jamais à la responsabilisation de chacun.
Les températures grimpent, les glaciers fondent, l’eau des océans monte, et la menace climatique est aujourd’hui une évidence. La Polynésie, comme le reste de la planète, subit déjà les effets du réchauffement climatique. “Un degré supplémentaire de température et 7,5 cm d’élévation du niveau marin ont été observés depuis 25-30 ans en Polynésie.” Tels sont les premiers résultats présentés hier, à la présidence, par le réseau de changement climatique en Polynésie française, présidé par le ministre de l’Environnement, Georges Handerson, en présence de Willy Tetuani, directeur de l’environnement, de bon nombre d’associations, d’experts et de scientifiques. Cet état des lieux du changement climatique en Polynésie, réalisé de février à juillet, vise avant tout “à faire un diagnostic en réunissant l’ensemble des données et des personnes qui travaillent autour de ce problème”.
“La deuxième étape est de donner des recommandations et des orientations pour lutter contre le réchauffement climatique, et se préparer aux conséquences au niveau local”, précise Jérôme Petit chercheur au centre de l’Université de Berkeley, à Moorea, la station Gump.
Projections alarmantes
Car, en effet, l’heure, n’est plus au bilan. En Polynésie, comme ailleurs, les activités humaines ont modifié, depuis le début du siècle, la composition de l’atmosphère, et les conséquences s’observent déjà. Sept épisodes de “blanchissement des coraux” ont été constatés depuis 20 ans en Polynésie française.
Mais ce n’est pas tout. Érosion des côtes, augmentation des précipitations, amplification des crues des rivières et des glissements de terrains, développement des maladies émergentes et altération de la biodiversité : telles sont les principales menaces que fait peser sur la Polynésie, le réchauffement climatique. Les projections sont, chaque année, de plus en plus alarmantes, et les experts sont pessimistes si l’on ne fait rien pour enrayer le phénomène. Dans le Pacifique Sud, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), prévoit une augmentation des températures moyennes de surface de 1,8°C d’ici 2100.
Il est vraisemblable que les cyclones tropicaux futurs (ainsi que les typhons et ouragans) deviendront plus intenses, avec des vents maximum plus forts et des précipitations plus fortes. Le niveau marin mondial pourrait connaître une élévation supplémentaire de 35 centimètres (+ 23 à + 47) en moyenne d’ici la findu siècle, toujours selon le GIEC. “Mais nous pouvons encore agir”, lance, comme un cri d’espoir, Jérôme Petit.
“En matière de réchauffement climatique, tout le monde pense qu’il n’est pas responsable, et que c’est la faute des États-Unis ! En Polynésie, par exemple, nous avons 50% de 4x4, qui sont des véhicules très énergivores. Ce sont 794 000 tonnes de CO2 qui ont été émises en 2008, soit environ 3 tonnes par an et par habitant, alors que le niveau maximal d’émissions que la Terre peut supporter pour stopper l’accroissement de l’effet de serre est de 1,8 tonne de CO2 par personne par an. Un aller-retour en avion entre la Polynésie française et la métropole émet 6,9 tonnes de CO2.
Nous pouvons encore agir par une sobriété énergétique, en baissant la climatisation, en éteignant les lumières, en choisissant les appareils en fonction de leur consommation d’énergie, en investissant dans les énergies renouvelables, dans les voitures électriques, en pratiquant le covoiturage, par exemple. Le transport est l’un des pôles les plus émetteurs en CO2. Si tout le monde partageait sa voiture pour aller au travail, on pourrait peut être diminuer les transports de 50 %.
Toutes ces méthodes peuvent nous permettre d’agir pour diminuer le changement climatique à l’échelle mondiale”, insiste Jérôme Petit. Car même si la Polynésie n’est qu’une goutted’eau dans un océan d’industrialisation, nous pouvons aussi participer à notre échelle. En Polynésie comme ailleurs, les spécialistes appellent plus que jamais à la responsabilisation de chacun. “Il faut unir nos efforts. Nous ne sommes pas seuls dans le Pacifique Sud. Nos voisins subissent la même vulnérabilité. Il nous incombe de prendre nos responsabilités et d’agir”, conclut Georges Handerson.
C. C.

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